De la tête aux pieds…

Aujourd’hui, j’ai envie de vous parler de deux livres. Différents par la forme et par bien des thématiques, il me paraissait cependant intéressant de les lier. Le premier est un album jeunesse, l’autre un roman contemporain. D’une manière totale différente, ces deux ouvrages abordent le rapport au corps de leur protagoniste principal.


Pour commencer, j’ai envie de vous parler de l’album jeunesse Comme un Million de Papillons Noirs, écrit par Laura Nsafou et illustré par Barbara Brun.

J’ai eu l’occasion, une première fois, d’écouter une lecture de ce livre, faite par l’autrice elle-même, lors d’une animation – principalement destinée aux enfants et parents – dans une librairie. Quelques mois après, j’ai décidé de m’y plonger, dans le cadre du Feminibooks et afin de profiter des mots de Laura Nsafou et des illustrations de Barbara Brun.

Adé est une petite fille qui, un jour, va rentrer chez elle en pensant que ses cheveux, noirs et épais, sont laids. En effet, d’autres enfants se sont moqués de la nature de ces cheveux, parce qu’ils sont différents. Heureusement, sa maman va trouver les mots pour la réconforter et lui faire aimer sa chevelure…

En quelques pages seulement, plusieurs thématiques importantes sont soulevées : le racisme – en effet, Adé est une enfant noire et les moqueries sont dues à la nature de ces cheveux –, le harcèlement que les enfants noir·e·s peuvent subir mais aussi le rapport à leur corps (en l’occurrence, dans ce cas précis, à leurs cheveux) que les personnes noires peuvent avoir, puisqu’elles sont constamment dévalorisées, et que le manque d’inclusion et de représentation n’aide pas.

« – Eh bien, ne naissent-ils pas chenilles, grosses comme des coussins ? Ne se transforment-ils pas dans des cocons secs comme du sable ? Et je sont-ils pas noirs comme le charbon, eux aussi ?

– Si…

Alors pourquoi tes cheveux seraient si différents ? »

Ce livre permet justement une bonne représentation des personnes noires, ce qui est très important pour les enfants concerné·e·s. À l’aide de métaphores poétiques, la maman d’Adé permet à sa fille de s’accepter.

Pour couronner le tout, les illustrations et les couleurs sont magnifiques, les sujets sont, selon moi, bien amenés et peuvent permettre aux enfants noir·e·s d’apprendre à s’aimer dans une société raciste, et aux enfants non-noir·e·s (notamment blanc·he·s) de déconstruire leurs préjugés. Un petit bijou indispensable à lire et à offrir !

Comme un Million de Papillons Noirs, de Laura Nsafou, illustré par Barbara Brun. Publié aux éditions Cambourakis, 38 pages.  



Maintenant, je vais vous parler du roman contemporain Journal d’un corps, écrit par Daniel Pennac.

En préambule, l’auteur indiquait que le récit qui allait suivre était celui du père d’une amie, Lison, qui était décédé et avait laissé à sa fille le « journal d’un corps ». De son corps, tenu de ses douze ans – presque treize – en 1936 jusqu’en octobre 2010, alors qu’il était âgé de quatre-vingt-sept ans et s’apprêtait à mourir.

Au départ, j’ai cru que cet homme avait réellement existé. Mais il semblerait qu’il soit sorti tout droit de l’esprit de l’auteur lui-même… À moins qu’il ne s’agisse d’une auto-fiction ? Cette dernière perspective me paraît plausible.

« Devenir père, c’est devenir manchot. Depuis un mois je n’ai plus qu’un bras, l’autre porte Bruno. Manchot du jour au lendemain. On s’y fait. »

Quoiqu’il en soit, c’est un long roman mais pas forcément une belle histoire, du moins pas si vous avez peur de la vieillesse et de la décrépitude. En effet, une bonne moitié du livre est évidemment consacrée à la façon dont le corps du protagoniste vieillit.

Des morceaux de vie qui, au final, ne nous en apprennent pas énormément sur le personnage qui écrit (parfois dans son journal, parfois dans les lettres qu’il a laissées à sa fille avant de mourir). Non, le but étant de parler du corps, du rapport que le narrateur entretient avec tout au long de sa vie, des changements amenés sur ledit corps…

« De l’angoisse au sentiment de culpabilité…
Mona, à qui je raconte la chose, m’apprend que le verbe « culpabiliser » s’est installé dans la langue française en 1946. Et le verbe « déculpabiliser » en 1968. Quand l’Histoire parle d’elle-même… »

Même si c’est parfois long – toute une vie, ce n’est pas rien ! –, ce texte n’en reste pas moins passionnant, et c’est selon moi une preuve du talent d’écriture de Daniel Pennac. Il parvient à me faire m’intéresser à toute la vie d’un corps.

Peut-être – je dis bien peut-être – que ce livre pourra inspirer certaines personnes à parler d’elleux-mêmes, de leur propre anatomie et de la manière dont iels le vivent. Dans tous les cas, ce livre ne m’a pas laissée indifférente sur la façon dont chacun·e peut vivre avec son propre corps.

Journal d’un corps, de Daniel Pennac. Publié aux éditions Folio, 435 pages.

13 commentaires sur “De la tête aux pieds…

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  1. Voici un article très intéressant, je n’aurai jamais pensé à associer les deux ouvrages -que j’ai également lus et appréciés – et tu le fais d’une manière pertinente : en effet tu fis le choix d’aborder une thématique, corporelle, sous deux prismes très peu traités car tabous, pour l’un d’entre eux en tous cas. La vieillesse, le corps qui se dessèche, la désincarnation sont des affres auxquelles nous faisons tous.tes face (à moins de décéder avant d’atteindre un âge certain) et pourtant, si on peut considérer que la vieillesse’ est universelle, elle semble peu intéresser les auteur.rices, scénaristes, artistes…(sauf certains peintres qui en ont fait leur sujet de prédilection). Pennac est un écrivain de talent et qui comme Laura Nsafou, écrit pour la jeunesse. Iels sont tous.tes les deux militant.es, pour des domaines différents, certes. Merci à toi de faire entendre la voix de cette petite fille noire qui ne comprend pas, à juste titre, l’intolérance qu’elle subit. J’espère que ton article, et ce livre pourront aider des personnes racisées, et pourquoi pas donner des pistes aux parents -victimes de racisme ou non- à expliquer la tolérance et la variété que fait notre monde à leur(s) enfant(s). Bravo encore !

    Aimé par 2 personnes

    1. Merci à toi pour ce joli commentaire !

      C’est vrai que ce sont deux personnes militantes, je n’avais pas vu cela sous cet angle-là… J’ai tout particulièrement aimé Comme un Million de Papillons Noirs, d’ailleurs…

      J’ai pensé à parler de ces deux livres, au premier abord complètement différents, pour parler du rapport au corps, mais il est vrai que le lien ne saute pas forcément aux yeux !

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  2. Le premier livre est très poétique et m’a permis d’aborder avec mon aîné le sujet du racisme. Et aussi de la discrimination car même sans parler de racisme, dès qu’on a une différence, on y échappe rarement. Moi c’était la taille. Cela ouvre donc un débat général sur la tolérance. Mon fils a trouvé qu’elle avait de magnifiques cheveux.

    Aimé par 1 personne

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