Agitations cinquantenaires

Il y a deux ans, j’avais plutôt bien aimé La décision – qui parlait du déni de grossesse d’une adolescente – de la même autrice et, lors de ma rencontre avec cette dernière, ce livre m’a tapé dans l’œil. Cette couverture, ce résumé… et ce titre ! Ni une, ni deux, je me suis laissée tenter, puis je l’ai laissé traîner près de deux ans dans ma pile à lire… Je l’ai enfin lu, dans le cadre du Feminibooks.


Ce roman est constitué uniquement de lettres écrites par différentes personnes entre 1966 et 1968. Parfois, nous pouvons y trouver des photos de l’époque. La dictature grecque, la guerre froide et mai 68… Trois évènements historiques contés à travers les yeux de différents personnages.

« On s’est jetées l’une contre l’autre. Maman s’est mise à pleurer. Elle criait. Malgré elle. Un drôle de cri. Rauque. Un cri plein de ces années qu’on nous avait volées. »

Il s’agit de trois jeunes filles issues de familles aisées : Suzanne, à Paris, qui s’ennuie dans sa famille bourgeoise et écrit à sa cousine qu’elle n’a pas vues depuis des années ; Magda, à Berlin-Ouest, la cousine de Suzanne, qui veut rejoindre sa famille de l’autre côté du mur ; et enfin Cléomèna, en Grèce, qui a été séparée de sa famille parce que ce sont des résistant·e·s communistes. Toutes trois vont écrire à leurs proches ou aux personnes qu’elles vont rencontrer durant ces deux années.

Afin de comprendre le récit, nous avons également les réponses à ses lettres – même l’absence de réponse, parfois, permet aussi de vraiment appréhender ce qui se passe – et c’est ainsi que ce roman épistolaire va se dérouler sur trois faits qui ont marqués l’Europe. Chacune à leur façon, les trois filles en colère vont se battre, et c’est avant tout ce combat que l’autrice nous raconte !

« Pensez-vous qu’une femme aurait pu réaliser votre Belle de jour ? J’en doute… Je serais pourtant très curieuse de savoir comment cette femme aurait décidé de mettre en scène son propre désir. Pas vous ?
Mais dans ce pays comme dans tous les autres, le plaisir des femmes passe après le vôtre. »

Bien que cet ouvrage ne soit pas exempt de défauts, notamment la relations entre deux protagonistes qui me pose question, que je trouve dérangeante, et qui n’a pas apporté grand chose de plus au récit, selon moi. La mise en avant idéalisée de Daniel Cohn-Bendit m’a également dérangée. Malgré ces points négatifs, c’est un livre que j’ai dévoré en quelques heures, et tout simplement adoré !

D’ordinaire, je ne suis pas friande des romans historiques, mais celui-ci m’a permis d’enrichir mes connaissances et d’apprendre de nombreuses choses sur cette période pas si lointaine, et j’ai poussé la curiosité jusqu’à faire quelques recherches pendant ma lecture. Et, surtout, je ne suis pas une adepte des romans épistolaires, mais ce style se prêtait parfaitement bien au texte et Isabelle Pandazopoulos écrit d’une manière qui ne pouvait que me séduire !

« Un autre monde, on veut tout simplement vivre dans un autre monde, on veut rêver, penser, ouvrir les fenêtres, partager, échanger, rire et danser, il faut bien tout détruire pour tout recommencer, n’est-ce pas ? »

Au vu du contexte politique actuel en France durant ces derniers mois (avec les Gilets Jaunes, et les nombreuses manifestations pour les droits des travailleur·euses, contre les réformes du gouvernement français…), je trouvais ce livre particulièrement approprié. Quels livres seront publiés sur la période 2018-2020, dans cinquante ans… ? Ce qui est certain, c’est que ce qui s’est passé – et va sans doute se produire prochainement – marquera l’Histoire…

Pour conclure, je ne sais pas s’il s’agit d’un coup de cœur, d’un livre qui marquera mon année, mais il est certain que ça restera un livre que j’ai beaucoup aimé découvrir, qui m’aura appris, insurgée, fait rire et pleurer…

Trois filles en colère, d’Isabelle Pandazopoulos. Publié aux éditions Gallimard, collection Scripto, 333 pages.

5 commentaires sur “Agitations cinquantenaires

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  1. Encore un article qui donne envie de lire, ton but est atteint ! Tout comme toi, je ne suis pas très adepte des romans historiques, en revanche j’aime beaucoup lire des lettres et c’est un genre qui, à mon sens, se prête parfaitement à appréhension et l’apprentissage d’une période historique. De plus, le fait que ce roman soit destiné davantage à un jeune public leur permet d’apprendre tout en se divertissant, en s’évadant, et c’est le cas de le dire puisque les personnages sont à de multiples endroits. Bravo encore !

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