Bêtes de foire et braves bêtes

J’avais tout d’abord repéré ce livre en librairie et je dois dire que le sujet m’intriguait. Je me suis déjà intéressée à l’éthique animale – j’ai par ailleurs lu plusieurs livres sur le sujet –, mais jamais sous le prisme du handicap, une thématique quasiment inconnue pour moi, bien que je suive plusieurs vidéastes qui évoquent des sujets comme le handicap ou les maladies chroniques : Parmilesrécits, Vivre avec et H paradox֥æ, trois chaînes que je vous recommande vivement !

Par ailleurs, j’ai lu ce livre dans le cadre du Feminibooks, un challenge auquel je ne peux que vous inviter à faire afin de découvrir des d’autrices ou des sujets féministes.


Dans cet ouvrage, Sunaura Taylor va faire le parallèle entre le validisme et le spécisme. Deux notions que vous ne connaissez peut-être pas, et que je vais développer – la première en utilisant la définition donnée par l’autrice elle-même.

« Le validisme (ou capacitisme) est le fait de hiérarchiser les êtres selon leurs capacités intellectuelles, physiques et affectives. Ce système nuit en premier lieu aux handicapées et à celles qui ne correspondent pas à la norme « valide » : grand âge, maladies chroniques, dépressions, physiques atypiques, etc. »

Le spécisme est le fait de considérer que l’espèce est un critère pertinent pour établir les droits qui vont être accordés aux êtres appartenant à cette espèce. Ainsi, dans notre société – et cela fonctionne différemment selon les cultures –, nous hiérarchisons les animaux en fonction de leur espèce.

« Nous disons : « L’économie est paralysée » par des dysfonctionnements. Ou qu’une personne est « handicapée » si elle n’est pas capable ou pas en mesure de faire quelque chose. Nous parlons d’aveuglement pour désigner un comportement ignorant ou naïf. Ceux qui agissent stupidement, nous les traitons de « débiles mentaux ». « Pas valide » est employé au sens de « pas valable ».

De tels exemples sont souvent balayés d’un revers de main : ce ne sont que d’innocentes façons de parler… Mais les mots sont politiques. »

Le but ici n’étant pas de dire que les personnes handicapées sont comparables à des animaux non-humain·e·s, Sunaura Taylor souhaitant plutôt exposer quels sont les liens entre ses deux oppressions et le fonctionnement de celles-ci.

En ce qui concerne les animaux, ils sont bien souvent handicapés, notamment dans les élevages industriels : il suffit de voir les vidéos de poules en cage pour s’en apercevoir. L’autrice dit elle-même « le handicap est ordinaire chez les animaux d’élevage ». En revanche, « s’il est conseillé aux éleveur·euse·s de protéger leurs bêtes des maladies et handicaps, c’est souvent pour garder les bénéfices. »

« De la vache laitière devenue impotente en raison de son confinement et de sa surproduction de lait à l’ouvrier victime de blessures liées à des gestes répétitifs, en passant par la pollution et la dégradation de l’environnement, les industries animales produisent du handicap. »

Pour la question des personnes handicapées, elles sont souvent comparées à des animaux. Sunaura Taylor en a fait l’expérience tout au long de sa vie, jugée par sa manière de manger, sa démarche… Ce n’est qu’un exemple de la violence de l’oppression validiste.

Cette dernière est bien souvent eugéniste*, que ce soit concernant les humain·e·s ou les animaux handicapé·e·s. L’autrice, militante de longue date, va bien évidemment critiquer le système spéciste, mais également la manière dont les militant·e·s véganes et antispécistes vont perpétrer des oppressions, espérant ainsi faire évoluer les mentalités.

Plusieurs critiques sur la théorie de Peter Singer (et de ces discours) sont également faites, bien qu’il soit plutôt reconnu chez les défenseur·euse·s des droits des animaux. Je savais qu’il était utilitariste*, mais j’ai tout de même appris de nombreuses choses – pas forcément glorieuses – sur lui.

« Contrairement à ce qu’on pourrait penser, les écrits du « père des droits des animaux » sont régulièrement utilisés pour légitimer le fait de traiter les animaux comme de la marchandise ou de les tuer. Son œuvre a popularisé un discours qui met en avant la souffrance, ce qui a eu pour effet de réduire le débat sur l’éthique animale à la nécessité de faire reculer la cruauté la plus extrême, plutôt que de dénoncer les causes systématiques de l’exploitation animale et de se demander de quoi les animaux ont besoin pour s’épanouir. »

Pour conclure, cet ouvrage m’aura appris énormément de choses, si bien que je souhaitais vous en partager quelques-unes dans cette chronique, bien que je ne puisse pas forcément m’étendre sur des pages entières. C’est un essai relativement long à lire – il m’aura fallu près d’un mois mais c’était réellement enrichissant. Je suis convaincue par les combats sociaux et je souhaite me renseigner sur les oppressions, afin de les perpétrer le moins possible. En tant que militante antispéciste, il me paraît important de remettre en cause le validisme dont ce mouvement peut faire preuve.

Ainsi, je remercie les éditions du Portrait pour l’envoi de ce livre – et l’agréable échange que j’ai pu avoir sur Instagram avec une personne qui y travaille – et Babelio pour l’envoi de ce livre qui, j’en suis sûre, pourra faire avancer d’un seul coup deux causes justes.

Braves bêtes : Animaux et handicapés, même combat ?, de Sunaura Taylor. Publié aux éditions du Portrait, 285 pages.


finitions :

Eugénisme : À ce sujet, Wikipédia nous dit : « L’eugénisme peut être désigné comme « l’ensemble des méthodes et pratiques visant à sélectionner les individus d’une population en se basant sur leur patrimoine génétique et à éliminer les individus ne rentrant pas dans un cadre de sélection prédéfini ». Il peut être le fruit d’une politique délibérément menée par un État. Il peut aussi être le résultat collectif d’une somme de décisions individuelles convergentes prises par les futurs parents, dans une société où primerait la recherche de l’« enfant parfait », ou du moins « indemne de nombreuses affections graves ». »

Utilitarisme : À ce sujet, Wikipédia nous dit : « L’utilitarisme est une doctrine en philosophie politique ou en éthique sociale qui prescrit d’agir (ou de ne pas agir) de manière à maximiser le bien-être collectif, entendu comme la somme ou la moyenne de bien-être (bien-être agrégé) de l’ensemble des êtres sensibles et affectés. Les utilitaristes perçoivent donc le gaspillage de bien-être comme une injustice. Autrement dit, une production de bien-être total ou moyen, inférieur au maximum de ce qui est possible, apparaît injuste à leurs yeux. »

11 commentaires sur “Bêtes de foire et braves bêtes

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  1. Je ne connaissais pas ce livre et le genre « essai » ne met pas familier, car je n’en lis pas énormément.
    Cependant, ta chronique me donne bien envie de découvrir cet essai. Il a l’air vraiment très intéressant et enrichissant ! 😀

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  2. Voici un article passionnant à propos d’un livre qui me semble tout autant l’être. Je te remercie et remercie l’autrice d’aborder et même de détailler en profondeur ce sujet, à peine effleuré dans la littérature et la recherche. Tes définitions sont les bienvenues et il m’est avis que chacun.e d’entre nous devrait être au fait de ces points, pour sa propre culture, sa propre histoire -quand on pense que l’Eugénisme a pris son essor au début du XXème siècle, on se dit qu’il y a encore du chemin à faire pour déconstruire ces terribles systèmes- et surtout pour prendre du recul sur sa propre personne et son environnement, ce que tu fais magistralement bien en veillant à être le moins oppressive possible. L’autrice me semble sagace puisqu’elle ne hisse pas, contrairement à beaucoup, au rang de quasi-dieux.déesses les militant.es véganes et antispécistes qui elleux peuvent également perpétrer des comportements oppressifs. Continue de mener tes combats sociaux, notamment en lisant et en parlant autour de toi, comme tu le fais si bien. Bravo !

    Aimé par 1 personne

    1. Je ne savais pas, pour l’eugénisme et son essor ! D’ailleurs, j’ai appris que le prénom Eugénie tirait son origine dans les significations de ce mot et de ses dérivés…

      Merci pour ton gentil commentaire ! Et il y a beaucoup de combats à mener, c’est un long travail, auquel tu t’attèles également, je le sais !

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    1. Je te remercie de ton intérêt pour mes écrits, c’est toujours agréable d’être lue !

      Le validisme est une notion qui me semble être moins connue par la plupart des gens – et l’antispécisme n’est pas si connu que ça, d’ailleurs, d’où les définitions.

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  3. Je découvre ton blog, et vois que tu t’intéresses à beaucoup de problématiques qui me touchent aussi, dont le spécisme… Je ne connaissais pas ce livre, mais les parallèles faits avec le validisme me paraissent porteurs de réflexions, et ce que tu en dis me donne envie de le lire. Je serais également curieux de connaître les critiques émises vis-à-vis des thèses de Singer, que j’ai beaucoup lu à une époque. Quoi qu’il en soit, je m’abonne !

    Au plaisir de découvrir d’autres ouvrages grâce à toi !

    Aimé par 1 personne

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