Femmes, race et classe, d’Angela Davis

Il est probable que vous ayez déjà entendu parler d’Angela Davis, militante féministe, antiraciste et communiste. Ce livre a été écrit dans les années 70, mais fait encore écho aujourd’hui. L’autrice y parle des rapports de classe, de race et de genre, leurs imbrications et leurs différences. Un essai qui me paraît indispensable pour mieux comprendre le monde dans lequel nous vivons, en s’appuyant sur des évènements du passé pour expliquer le présent et les dynamiques des oppressions.


Contrairement à ce que je craignais, l’écriture d’Angela Davis est plutôt accessible, ce qui, quand j’y réfléchis, me paraît évident étant donné qu’elle est communiste et participe activement à la lutte des classes. Toujours est-il que je souhaitais introduire mon article en soulevant ce point, puisque je sais qu’il pourrait en faire reculer plus d’un·e qui pourrait penser qu’iels n’ont pas les capacités de lire cet ouvrage.

« Dès les premiers temps de l’esclavage, les femmes noires ont avorté seules. De nombreuses femmes esclaves refusaient de faire naître des enfants dans un monde de travaux forcés qui n’avait pas de fin, synonyme pour les femmes de chaînes, de fouet, et de viols quotidiens. »

L’autrice aborde des faits historiques allant du dix-neuvième au vingtième siècle. Elle retrace le mouvement antiesclavagiste. Même parmi les personnes blanches qui soutenaient l’abolition de l’esclavage, les idées racistes foisonnaient. Par exemple, de nombreuses femmes blanches, qui avaient soutenu le mouvement antiesclavagiste, étaient contre le droit de vote des (hommes) noirs, puisqu’elles n’y avaient pas accès.

Après l’abolition de l’esclavage, les conditions de vie des personnes noires – et notamment des femmes noires, qui étaient évidemment pauvres – ne s’étaient pas améliorées autant qu’on pourrait le penser, étant donné que de nombreux droits leur étaient encore refusés et l’éducation leur était souvent interdite.

Le mythe du violeur noir (qui dessert à la fois ces derniers mais également les femmes noires), le mouvement des ouvriers·ères, l’éducation pour les filles noires et le travail domestique sont des sujets également abordé dans cet ouvrage (qui fait près de 300 pages, en comptant les notes). Tous ces sujets sont traités parce qu’ils sont à la croisée de plusieurs oppressions : le racisme, le sexisme et le classisme.

« Et leur myopie historique les empêche de comprendre qu’en dépeignant le Noir comme un violeur, on invite ouvertement le Blanc à faire usage du corps de la femme noire. Cette fiction du violeur noir a toujours renforcé son complément : l’impudeur prétendue des femmes noires. Une fois que l’on a accepté que les Noirs ont une sexualité bestiale et des besoins irrépressibles, la race entière est investie de la même bestialité. »

Je serais tentée de continuer à vous donner des exemples de ce que j’ai pu apprendre dans ce livre (bien que j’en connaissais un certain nombre grâce au formidable essai Ne suis-je pas une femme ? Femmes noires et féminisme, de bell hooks, qui s’est inspirée, pour son titre, du discours prononcé par Sojourner Truth en 1851), mais le mieux est encore de le découvrir vous-même.

Angela Davis parle principalement de l’histoire des États-Unis et elle a écrit cet essai dans les années 70, mais il n’en reste pas moins intéressant pour les francophones en 2020, étant donné que le racisme, le sexisme et le classisme font également partie de l’histoire de la France et que ces oppressions se perpétuent encore aujourd’hui.

Un ouvrage indispensable et tout à fait accessible pour mieux comprendre et lutter efficacement contre toutes les oppressions et pour les personnes qui souhaitent soutenir l’intersectionnalité des luttes. Angela Davis est une femme intéressante, et je vous invite à l’écouter en interview (vous pouvez en trouver qui ont été traduites) ou à lire ces essais.

Femmes, race et classe, d’Angela Davis. Traduit de l’américain par Dominique Taffin et le collectif des femmes. Publié aux éditions des femmes – Antoinette Fouque, 263 pages.

6 commentaires sur “Femmes, race et classe, d’Angela Davis

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  1. Quelle joie de te relire ! Et davantage à propos d’un tel ouvrage. Je ne l’ai pas lu, craignant justement son niveau de langage peu ou pas accessible mais tu sembles balayer mes doutes dès le début de ton article (même si je ne suis pas d’accord avec le fait que tous·tes les communistes écrivent de manière accessible) et je t’en remercie. Tes citations illustrent parfaitement ton discours, très intéressant et qui donne envie de courir acquérir le livre. Merci de ton engagement, d’être une authentique alliée. Merci de parler de ces sujets trop souvent tus. Petit point un peu plus superficiel mais ta photographie est très chouette ! J’ai déjà hâte de lire ton prochain article.

    Aimé par 1 personne

  2. Je n’avais jamais entendu parler de cet essai.
    Et vu que j’ai envie d’en apprendre davantage sur le combat d’Angela Davis. Je me note.
    Merci pour la recommandation
    Bonne journée

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